L’évolution des relations sino-indiennes : entre coopération et rivalités

Deux géants asiatiques, l’Inde et la Chine, aux ambitions internationales croissantes, sont souvent perçus comme des rivaux sur la scène mondiale. Pourtant, leurs relations sont complexes et traversent des périodes de coopération et de tension. Cet article propose une analyse approfondie de l’évolution des relations sino-indiennes depuis leur établissement jusqu’à aujourd’hui.

Des débuts prometteurs aux tensions frontalières

Dans les années 1950, les relations entre l’Inde et la Chine étaient marquées par un certain optimisme, avec le célèbre slogan ‘Hindi-Chini bhai-bhai’ (Indiens et Chinois sont frères). Les deux pays ont établi des relations diplomatiques en 1950, peu après l’accession au pouvoir du Parti communiste chinois. Ils ont également signé un accord sur le commerce en 1954 qui incluait les Cinq principes de coexistence pacifique.

Cependant, cette amitié a été de courte durée. La question de la frontière sino-indienne est rapidement devenue un point de tension majeur. En octobre 1962, la guerre sino-indienne a éclaté dans les régions contestées d’Aksai Chin et d’Arunachal Pradesh. La guerre a duré un mois et s’est soldée par une victoire chinoise. Depuis lors, les relations entre les deux pays ont été marquées par une méfiance mutuelle et des tensions périodiques.

La détente et l’essor économique

Au début des années 1980, les deux pays ont entamé un processus de normalisation de leurs relations. En 1988, le Premier ministre indien Rajiv Gandhi s’est rendu en Chine pour une visite officielle, la première d’un dirigeant indien depuis Jawaharlal Nehru en 1954. Les années 1990 et 2000 ont été marquées par une série de visites de haut niveau et d’accords bilatéraux dans divers domaines tels que le commerce, l’éducation et la coopération scientifique.

L’essor économique rapide de la Chine et de l’Inde au cours des dernières décennies a également contribué à renforcer leurs liens économiques. Le commerce bilatéral est passé de moins de 3 milliards de dollars en 2000 à plus de 95 milliards en 2018. La Chine est aujourd’hui le principal partenaire commercial de l’Inde, tandis que l’Inde est le septième partenaire commercial de la Chine.

Rivalités stratégiques et géopolitiques

Malgré cette coopération économique et diplomatique, les relations sino-indiennes restent marquées par des rivalités stratégiques et géopolitiques. La rivalité frontalière persistante est illustrée par plusieurs incidents récents, notamment celui du Doklam en 2017 et celui de la vallée de Galwan en 2020, qui ont conduit à des affrontements armés entre les forces indiennes et chinoises.

La Chine perçoit également l’Inde comme un rival potentiel dans sa quête d’hégémonie régionale en Asie. Les deux pays sont en concurrence pour le contrôle des ressources, des marchés et de l’influence politique dans la région. L’Inde s’inquiète notamment du projet chinois ‘One Belt, One Road’, qui renforce la présence économique et stratégique de la Chine dans les pays voisins de l’Inde, tels que le Pakistan, le Sri Lanka et le Népal.

Le rôle des États-Unis et de l’émergence d’un nouvel ordre géopolitique

L’évolution des relations sino-indiennes doit également être analysée à travers le prisme des relations avec les États-Unis. Sous l’administration Trump, Washington a cherché à renforcer ses liens avec New Delhi pour contrer l’influence croissante de Pékin en Asie. L’Inde est désormais considérée comme un partenaire clé dans la stratégie américaine visant à maintenir un équilibre des pouvoirs en Asie.

Cependant, cette alliance avec les États-Unis n’est pas sans risques pour l’Inde. Elle pourrait exacerber les tensions avec la Chine et conduire à une escalade militaire ou à une course aux armements dans la région. De plus, certains analystes craignent que l’Inde ne devienne un pion dans les rivalités entre Washington et Pékin, au détriment de ses propres intérêts nationaux.

En fin de compte, l’évolution des relations sino-indiennes reflète les bouleversements géopolitiques en cours en Asie et dans le monde. Les deux pays devront s’efforcer de trouver un équilibre entre la coopération et la compétition, afin de préserver la paix et la stabilité régionales.

Sandra Hernandez